• Des Corps clandestins. Le présent comme symptôme à partir de L’homme blessé de Patrice Chéreau (1983), par Mathieu Lericq

    Des Corps clandestins. Le présent comme symptôme à partir de L’Homme blessé  de Patrice Chéreau (1983)
    par Mathieu Lericq

    « Il s’agit d’une passion, celle qu’un adolescent éprouve pour un autre homme. Ce n’est pas un film sur l’homosexualité. C’est le récit d’une passion et c’est un apprentissage : apprentissage de la vie, de la trahison, aimer celui qui trahit, aller au bout de la relation amoureuse et du danger. Ce film est d’abord envie d’amour et de tendresse, envie aussi de quelque chose de plus grand et de plus secret : de la part de cet adolescent, une envie fébrile ou têtue, envie d’autre chose, d’aimer, de croire à quelque chose, aux autres, et qu’on lui voit comme une larme au fond des yeux. En bref, l’amour et la trahison, ce qui est normal et ce qui ne l’est pas, le coup de foudre comme initiation au malheur. Mais aussi une ville de province aujourd’hui, trois semaines d’une vie, un été lourd et haletant, la belle violence d’une volonté obstinée. » Tel est l’élan originel qui constitua pour Patrice Chéreau une sorte d’intention, sa démarche peut-on dire, à l’égard du film qu’il co-écrivit avec Hervé Guibert à partir de 1975, L’Homme blessé. Et c’est la façon dont le metteur en scène lui-même a choisi d’en parler dans le catalogue du Festival de Cannes, où son film est présenté en compétition en mai 1983.

    Si les propos de Chéreau projette le sens de l’œuvre vers une caractérisation atemporelle des personnages et de leur rapport au monde, ne peut-on toutefois pas relever une signification détournée de l’histoire et de son temps, tout du moins celle d’un présent symptomatique (propre à l’Europe au tournant des années 1970-1980) ? Mon intervention consistera à observer et à analyser l’historicité des corps que L’Homme blessé donne à voir, à comprendre ce qui fonde et donne un sens élevé à l’exploration des bas-fonds. Marquant l’amour des sceaux du plaisir et du malheur, en quoi L’Homme blessé donne sens aux menaces concrètes qui pèsent sur les sociétés civiles soumises à des bouleversements sociaux et géopolitiques majeurs ? Étudier Chéreau en son temps signifiera ici analyser dans quelle mesure la valeur temporelle de sa poétique cinématographique est renforcée par son travail acharné à toujours travailler avec l’inédit, la jeunesse, les nouveaux langages, par exemple en écoutant et s’appropriant certains discours — puisant aux sources de l’écriture romanesque (H. Guibert), dramatique (B.-M. Koltès) et philosophique (Michel Foucault).

    Irregular bodies. Present Time as Symptom in The Wounded Man by Patrice Chéreau (1983)

    ‘The film is about a passion, lived by a teenager who falls in love with another man. This is not a film about homosexuality. It tells the story of a passion, which tends to make him improve and learn: about life, about betrayal, about loving someone who betrays, about reaching the deep end point of a love and danger relationship.’ The description of The Wounded Man, written by Patrice Chéreau, has been published within the catalogue of the Cannes Film Festival in 1983, where the film competed that year.

    Beyond the abstraction underlined by the director in his statement, to what extent emotions evoked here give a meaning to history, or rather to the symptomatic present time that is daily lived by civil societies at the turn of 1970’s/1980’s?

    The issue leads us to study how significant are the irregular bodies shown in The Wounded Man and, besides, to point out historicity of their presence. Furthermore, my research consists on analyzing relations between this disturbing filmic aesthetics and multiple intellectual references of that period (H. Guibert, B.-M. Koltès, M. Foucault), which together build a sophisticated image of shallows.


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :