• Patrice Chéreau, Pierre Boulez : parcours d’un Ring (1976-1980)
    par Élise Petit

    1974 : Wolfgang Wagner propose à Boulez la direction musicale de la tétralogie du Ring de Richard Wagner, à l’occasion du centenaire de la première production. L’enjeu est d’imposer Bayreuth dans le paysage de la modernité, par le biais d'une « interprétation véritablement nouvelle avec toutes les analyses critiques indispensables ». Boulez fait appel à Chéreau pour la mise en scène. Tous deux ont en commun une fraîcheur vis-à-vis de cette œuvre gigantesque qu’ils connaissent peu, alliée à une compréhension profonde de la culture allemande et de la société dans laquelle évoluait Wagner. En s’attachant non pas aux mises en scène récentes mais au support écrit (partition, livret), chacun parvient à revenir aux intentions initiales de Wagner – trop souvent oubliées au profit d'un décorum pompeux qui s’est imposé entretemps. Chéreau se base sur le livret, qu'il met systématiquement en regard avec de nombreux écrits : philosophes de l'Auflkärung, auteurs du Sturm und Drang, sans oublier les récits de la mythologie germanique mais aussi ceux, plus proches de lui, des penseurs de Wagner parmi lesquels Adorno.

    1976 : Cris et huées perturbent les représentations, qui sont suivies de pressions économiques sur la direction et de menaces à l’encontre de Chéreau.

    1980 : Après 95 minutes de rappel et 101 levers de rideau pour le dernier Crépuscule des Dieux, la collaboration Chéreau/Boulez s’achève sur un triomphe.

    En retraçant et en analysant l’évolution des productions, avec les changements de mise en scène, de décors mais aussi d’interprétation musicale qui s’ensuivirent, cette communication montre comment la compréhension profonde de l’œuvre de Wagner fut à la fois la raison du scandale de 1976 et celle du triomphe de 1980, imposant désormais cette production comme « historique ».

    Patrice Chéreau, Pierre Boulez : The Journey of the Ring (1976-1980)

    In 1974 Wolfgang Wagner invited Boulez to conduct Richard Wagner's Ring cycle to celebrate the centenary of the first production. Bayreuth's objective was to win recognition in modernist circles by offering a "radically new interpretation with the necessary critical analysis." Boulez chose Patrice Chéreau to stage the production. Both men shared a fresh vision of Wagner's gigantic masterwork combined with a deep knowledge of German culture and of the society in which Wagner lived. Ignoring recent productions with their pompous decorum, Chéreau and Boulez returned to Wagner's original intentions as found in his score and libretto. Chéreau worked on the libretto, systematically confronting it with numerous writings: the Aufklärung philosophers, Sturm und Drang authors, not to mention Germanic mythology and Wagner theoreticians like Adorno.

    In 1976, shouting and booing disturbed the performances. Economic pressure on Wolfgang Wagner and even threats against Chéreau, followed. Yet by 1980, the Boulez-Chéreau production came to a triumphant close with 95 minutes of curtain call and ovation for the last Götterdämmerung.

    My paper will recount and analyze the evolution of the productions, with their numerous changes over the years. It will show how Boulez and Chéreau's profound understanding of Wagner's operas first led to the 1976 scandal, but also to the 1980 triumph, imposing this production as "historical."


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  • La réception de Chéreau en Allemagne
    par Marielle Silhouette

    Il s'agira d'analyser la réception de Patrice Chéreau en Allemagne au-delà de la fameuse mise en scène du Ring à Bayreuth (1976-1980). Lauréat en 1993 du célèbre Prix Gundolf décerné par l’Académie allemande pour la langue et la littérature, membre à partir de 2003 de l’Académie allemande des Arts, Patrice Chéreau est reconnu et célébré outre-Rhin comme un artiste majeur dont les œuvres, à la portée universelle, entrent en même temps en résonance profonde avec l’identité allemande et ses déchirures.

    Patrice Chéreau’s Reception in Germany

    Patrice Chéreau’s reception in Germany shall be here analysed beyond his famous staging of the Ring in Bayreuth (1976-1980). Winner of the Gundolf Prize awarded by the German Academy for Language and Literature in 1993, he has been a member of the German Academy of Arts since 2003. Patrice Chéreau is renowned and acclaimed in Germany as an outstanding artist, whose work, with its universal reach, deeply resonates with German identity and its ordeals.


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  • « Cross over the Ring ! » La rencontre Boulez-Chéreau à Bayreuth
    par Robert Piencikowski

    Contrairement aux idées reçues, la rencontre Boulez-Chéreau sur le stade de Bayreuth n’avait pour les deux intervenants aucun caractère d’évidence – du moins à ses débuts. Les options théâtrales proposées initialement par Boulez à Wolfgang Wagner – Peter Brook, Ingmar Bergman – se situant apparemment assez loin de l’esthétique de Chéreau. Après que Boulez ait finalement obtenu gain de cause auprès de l’administration du Festspielhaus, leur collaboration s’établit sur une base de confiance réciproque, le chef donnant le champ libre au metteur en scène dans la perspective d’une interprétation renouvelée du cycle wagnérien. Par-delà une réussite incontestable, une fois vaincus les derniers obstacles rencontrés en cours d’élaboration du projet, le résultat se révèle d’une extraordinaire hétérogénéité : si la direction de Boulez met en évidence le caractère ambivalent de la trame musicale, à la fois prospective et rétrospective, la mise en scène de Chéreau souligne l’extraordinaire diversité des sources wagnériennes, en projetant sur elles une lecture interprétative audacieusement hétéroclite (Shakespeare, Baudelaire, Fritz Lang, le théâtre Bunraku). Mon intervention se propose de mettre en relief ces convergences/divergences, en faisant référence à des documents inédits en provenance de la Collection Pierre Boulez déposée dans les archives de la Fondation Paul Sacher à Bâle

    The Boulez-Chéreau Meeting in Bayreuth

    Contrary to general opinion, the Boulez-Chéreau meeting on the Bayreuth stage had no sense of evidence to both challengers – at least at its beginning. The staging orientations first suggested by Boulez to Wolfgang Wagner – Peter Brook, Ingmar Bergman – being obviously far from Chéreau’s aesthetics. Afther having finally managed to receive the agreement from the Festspielhaus administration, their collaboration was based on mutual confidence, the conductor giving complete freedom to the stage director in the perspective of a renewed interpretation of the wagnerian cycle. Beyond the undisputable success, once the last obstacles during the project’s elaboration had been overcome, the result reveals an extraordinary heterogeneity : if Boulez’ conducting highlights the ambiguous dimension of the musical texture, at once prospective and retrospective, Chéreau’s staging underlines the extraordinary diversity of the wagnerian sources, projecting on them a daring disjointed interpretation (Shakespeare, Baudelaire, Fritz Lang, the Bunraku theatre). My paper intends to underscore these convergences/divergences, by referring to unpublished documentation from the Pierre Boulez Collection held at the archive of the Paul Sacher Foundation in Basle.


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  • Chéreau Sound scape, la construction des paysages sonores de Patrice Chéreau
    par Anaïs Fléchet et Jean-Sébastien Noël

    Du free jazz (Albert Ayler) au rock (Les Doors, Jeff Buckley) et aux compositions originales de Fiorenzo Carpi, Goran Bregovic, Eric Neveux et Fabio Vacchi, la bande son des films de Patrice Chéreau frappe par sa diversité. Comment s’opère la construction de ces paysages sonores ? Que nous disent-ils de l’univers du créateur, de ses cohérences, mais aussi de ses éventuelles lignes de failles ? Quels liens pouvons-nous tisser entre les musiques de film, de théâtre et d’opéra ? En associant étude des œuvres et des producteurs (musiciens, mais aussi ingénieurs, monteurs son et image, documentalistes), cette contribution propose d’analyser les modalités de suggestion de l’espace dramatique par la bande-son et par la bande-originale du film.

    Chéreau – soundscape. Music and sound in the making of Chéreau’s movies

    From free jazz, (Abert Ayler) to rock music (The Doors, Jeff Buckley) and original compositions by Fiorenzo Carpi, Goran Bregovic, Eric Neveux and Fabio Vacchi, the soundtracks of Patrice Chéreau’s movies strike by its diversity. This paper aims to analyze the building of Chéreau’s soundscapes. What are they telling us about the universe of the artist? What are the links between movie soundtracks, theater music and opera? By examining both works and producers (musicians, but also sound engineers, sound editor, etc.), we’ll try to understand how soundtracks participate in the emergence and projection of the dramatic space.


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  • Le Louvre, le théâtre, la peinture
    par Marie-Noële Sicard

    Patrice Chéreau est sollicité par Henri Loyrette, Président-Directeur du Louvre, pour être le « Grand Invité du Louvre » à l'automne 2010. À ce moment là, il découvre la pièce de Jon Foss « Rêve d’Automne » dont Pierre Boulez, à la recherche d’un livret d’opéra, lui avait recommandé la lecture. Lors d’une promenade dans les galeries du Louvre, lieux qui lui sont si familiers et depuis si longtemps, lui vient l'idée de monter « Rêve d'automne » dans le salon Denon, au cœur du Palais. Cette circonstance particulière du théâtre au Louvre révèle une partie secrète et intime de son travail : le travail des acteurs dans un vrai espace architectural ouvert et chargé par la présence de chefs d’œuvre de la peinture française du XIXe siècle que l’on aperçoit dans les fuites des galeries.

    Patrice Chéreau présentera aussi une exposition de peinture salle Restout. La peinture étant depuis toujours un élément essentiel de sa vie dont il dit, en particulier, qu’elle l’a aidé à organiser l’espace, rendre visible la musicalité des textes, à donner du sens à ce qu’il veut « raconter ». L'exposition sera comme « le livret de cette partition » qui se jouera dans plusieurs lieux du Musée où la présence de danseurs et de la chanteuse d’opéra Waltraud Meier, qui interprétera les Wesendonck Lieder, viendront inventer autant de chemins artistiques pour arpenter le Louvre, et raconter ce qui, de ce lieu, infuse le travail de Patrice Chéreau.

    The Louvre, Theater and Painting

    Patrice Chéreau was asked by Henri Loyrette President – Director of the Louvre Museum to be « le Grand Invité » at fall 2010. At that time, Patrice Chéreau discovered Jon Foss’s play called «  Rêve d’Automne » which Pierre Boulez asked him to read, as he was searching a libretto for a new opera. Walking in the Louvre art galleries, that he knew perfectly since a long time, Chéreau thought that he could put on this play in the « salon Denon » situated in the middle of the Louvre Palace.This particular circumstance of theater inside the Louvre reveals some features of Chéreau’s work : for instance,  acting in a true architectural open space meaningful because of the presence of XIX century french painting’s masterpieces all around.

    Patrice Chéreau organized also an exhibition of paintings salle Restout, as painting has always take a major part in his life. He said it helped him to organize space and to make the text become visible and revealing its profound richness and making sense to the story he wants to tell.

    Dancers, great opera singer Waltraud Meier will sing Wesendonck Lieder. All participants will find artistic ways to walk in the Louvre and tell what ,in this special place, has always steeped in Patrice Chéreau’s work.

     

     


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