• Chéreau, Brecht et Althusser (1964-1965)
    par Anne-Françoise Benhamou

    En m’appuyant notamment sur les archives du metteur en scène, je tenterai de montrer ce que les premiers spectacles de Chéreau (L’Intervention de Victor Hugo, Fuenteovejuna de Lope de Vega, L’Héritier de village de Marivaux and L’Affaire de la rue de Lourcine de Labiche) doivent, dans leur dramaturgie et leurs choix esthétiques, non seulement aux théories brechtiennes, mais aussi à « l’intervention althussérienne ». J’examinerai notamment l’influence que le célèbre article d’Althusser sur Giorgio Strehler (“Bertolazzi, le Piccolo et Brecht (notes pour un théâtre matérialiste)”, 1962, in Pour Marx) a pu avoir sur la conception initiale de la mise en scène et du jeu chez Chéreau. Le décalage entre expérience et « fausse représentation » de l’idéologie, qu’Althusser repère chez les personnages de Strehler, résonne en effet avec ce que Chéreau ne cesse de mettre en jeu dans sa direction d’acteur : les contradictions entre corps et langage, c’est à dire entre une vérité pulsionnelle refoulée et un discours qui la masque ou la travestit. Plus globalement, il s’agit de relier l’art théâtral de Chéreau au paysage politique et philosophique de sa génération, en particulier à un de ses thèmes majeurs : la mise en crise du sujet.

    Chéreau, Brecht and Althusser (1964-1965)

    Dramaturgy and artistic options of PC’s early productions owe a lot to Brechtian aesthetics, particularly through the influence of Giorgio Strehler. I will attempt to establish a connection between a famous article by Louis Althusser about a Giorgio Strehler production (“Bertolazzi, le Piccolo et Brecht (notes pour un théâtre matérialiste)”, 1962, in Pour Marx) and Chéreau’s initial relationship to acting : the way Chéreau highlights contradictions between body and language, i.e. between true drives and false self images, can be seen as a theatrical equivalent to the gap that Althusser notices between experience and ideological “false representation”. Thanks to the archives of four 60’s productions (L’Intervention by Victor Hugo, Fuenteovejuna by Lope de Vega, L’Héritier de village by Marivaux and L’Affaire de la rue de Lourcine by Labiche ), I will attempt to connect Chéreau’s theatre to the political and philosophical landscape of his generation, particularly to one of its main topic : the crisis of subjectivity.


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  • Génération Patrice Chéreau, rupture ou intégration
    par René Gaudy

    Dans les années 1960, alors que la génération précédente occupe le terrain, les enfants de la guerre (ou immédiate avant-guerre) arrivent dans le paysage. Ils sont radicalement différents.
    Différents par le contexte politique et culturel des années 1960. Après la guerre d’Algérie qui a marqué cette génération, les luttes de libération nationale sont intenses. En France le « pouvoir gaulliste » est de plus en plus contesté. « Le fond de l’air est rouge » est le titre d'un film de Chris Marker. Cinéma, littérature, arts plastiques, musique, pensée, mœurs… expérimentent de nouvelles pratiques, de nouvelles formes de création et de vie. Le théâtre est dans le mouvement.  
    Différents par leur origine et leur formation. Ils ne viennent pas du « plateau ». La plupart ont fait leur apprentissage au lycée ou dans le théâtre universitaire (Sorbonne, Normale sup, Nancy...)
    Ces jeunes gens sont bien décidés à pratiquer le théâtre autrement. Ils travaillent la coupure.
    Jusqu’en 1968, Patrice Chéreau va faire avec eux un bout de chemin.

    The Chéreau generation

    Patrice Chéreau's début is part of the history of a generation. In the sixties, while the previous generation holds all the key positions, those born during or soon after WWII emerge. They are radically different.
    They are different because of the political and cultural context of the sixties. After the Algerian war which deeply marked that generation, national liberation movements are very powerful. In France protests intensify against De Gaulle's régime. "Le fond de l'air est rouge" is the title of a film by Chris Marker. The cinema, literature, visual arts, music, ideas, moral standards... are all experimenting new practices, new forms of creation and life. The theatre is part and parcel of that movement.
    These young people are different because of their social origin and their training. They do not come from the theatre circles. Most of them had their first experience of the scene in the lycées, or at the students' theatre (the Sorbonne, Normale Sup, Nancy...). They are determined to practice drama differently. They would like to break away.Patrice Chéreau will go part of the way with them until 1968.


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  • Chéreau à Sartrouville (1966-1969) : le parti pris du théâtre
    par Pascale Goetschel

     L’histoire du théâtre en France a retenu le détachement rapide de l’expérience de Sartrouville par celui-là même qui l’avait initiée, Patrice Chéreau. La contribution entend pourtant lui rendre grâce. De fait, entre 1966 et 1969, l’aventure inédite de « théâtre populaire » qui se déroula dans cette ville communiste de la banlieue ouest, entre création et animation, bouleversée par la Révolution de 1968, paraît à plusieurs égards pleine d’enseignements.

    Elle témoigne d’abord d’une conjonction particulièrement favorable qui sera détaillée. En outre, dans la mesure où les spectacles montés durant ces trois années, de L’Affaire de la rue de Lourcine à Don Juan, illustrent la forte volonté de Chéreau de faire « théâtre permanent », un point sera fait sur les trois saisons, dont l'une interrompue. Avec l’apport des spectacles pour enfants et la venue de spectacles invités, ce sera l’occasion de dresser un panorama des partis-pris esthétiques de Chéreau directeur de salle et de montrer comment l’ensemble incarne bien, à son échelle, l’effervescence artistique de la période.

    Cependant, à Sartrouville, l’animation est intimement liée à la création. Les fondements de cette expérience, conduite à la fois en milieu scolaire et au sein d’entreprises, seront interrogés. Précisément, on se demandera si ce projet d’animation doit être assimilé ou, au contraire, distingué de ceux promus dans les Maisons de la culture, les Centres culturels communaux ou d’autres théâtres de la banlieue parisienne. Par-delà, le contenu de ce qui pourrait être qualifié de forme d’éducation populaire singulière sera passé au crible.

    La communication se terminera par le rôle joué par les événements de 1968 à Sartrouville. Quels échos y ont les débats qui se déroulent au même moment entre les directeurs de scènes subventionnées réunis à Villeurbanne ? Comment le théâtre se fait-il caisse de résonance de la contestation ? Quelles en sont les conséquences pour ses relations avec la municipalité ? Il y a là une belle occasion de relire ce que furent Mai 1968 et l’après-1968 dans le monde du théâtre.

    Chéreau at Sartrouville: the bias of the theater

    The history of the theater in France has retained the fast detachment of the experience of Sartrouville by Patrice Chéreau. The contribution nevertheless intends to pay tribute to his work at this time. Actually, between 1966 and 1969, the new adventure of "popular theater" which took place in this communist city of the suburb West, between creation and animation, upset by the Revolution of 1968, seems in several aspects full of teachings.

    It testifies at first of a particularly favorable conjunction which will be detailed. Besides, as far as the pieces produced during these three years, from L’Affaire de la rue de Lourcine to Don Juan, illustrate the strong will of Chéreau to make "permanent theater", a point will be made on the three seasons, even if the last one has been interrupted. With the contribution of the pieces of theater for children and guest productions, it will be an opportunity to draw up a panorama of the esthetic biases of Chéreau as theater’s director, and to better understand the artistic effervescence of the period.

    However, the animation is intimately bound to the creation. The foundations of this experience, led at the same time in schools and within companies, will be questioned. Precisely, we shall wonder if this project of animation must be likened or, on the contrary, distinguished from those promoted in Maisons de la Culture, centres culturels municipaux or other theaters of the Parisian suburb. Beyond, the contents of what could be qualified as “forme singulière d’éducation populaire” will be examined closely.

    The presentation will end by the role played by the events of 1968 at Sartrouville. What echos have there the debates which take place at the same moment between the directors of subsidized scenes gathered at Villeurbanne? How the theater reflects the protest movement? What are the consequences for its relations with the municipality? Lastly, all the contribution constitutes a great opportunity to re-examine what were May 1968 and “l’après-1968” in the world of the theater.


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  • Patrice Chéreau, les institutions et le service public : les contradictions  d’un homme de conviction
    par Marion Denizot

    Homme engagé dans sa recherche artistique, Patrice Chéreau le fut tout autant dans la défense du théâtre public, n’hésitant pas à critiquer le manque de soutien de l’État à la culture ou à condamner le positionnement et les pratiques de certains artistes. Ayant dirigé ou co-dirigé des institutions réputées, il incarne l’évolution du théâtre de service public vers un théâtre de créateurs, investis d’une mission de renouvellement du langage scénique. On oublie alors le premier engagement de Patrice Chéreau : celui d’un militant de l’action culturelle au sein de la banlieue parisienne de Sartrouville, croisant enjeux pédagogiques, implantation locale et implication sociale. Cette aventure, menée avec Jean-Pierre Vincent entre 1966 et 1969, débouche sur un constat critique : la mort du théâtre populaire. Elle explique, pour partie, l’approche que Patrice Chéreau revendique dans son expérience à Villeurbanne : une forme d’irresponsabilité assumée. Dès lors, comment celui-ci aborde-t-il sa fonction de directeur d’un centre dramatique national, quand il accepte celle du Théâtre des Amandiers ? Quelle conception du théâtre de service public y défend-t-il ?

    À partir de la notion de responsabilité, centrale dans la définition du service public pour la culture, notre communication se propose d’analyser les discours de Patrice Chéreau sur les institutions théâtrales et le service public, pour mettre au jour, en lien avec les mutations sociétales, culturelles et politiques, mais aussi au regard de son parcours artistique pluriel, les évolutions et les inflexions de celui-ci, non exemptes de contradictions.

    Patrice Chéreau, the institutions and public utilities: the contradictions of a man of conviction

    Patrice Chéreau has been as committed a man in his artistic research, as he has been in defending public drama, daring to criticise french State's lack of support to culture or to condemn other artists' position or practice. Because he directed or co-directed famous institutions, he embodies the evolution of state drama into a drama of creators, dedicated to the mission of renewing stage language. Then one forgets Patrice Chéreau's first commitment : being a campaigner for cultural action inside the parisian suburb of Sartrouville, mixing educational concerns, local settings and social involvement. This experimentation, led with Jean-Pierre Vincent between 1966 and 1969, comes out on to a crucial assessment : the death of popular drama. It partly explains the approach Patrice Chéreau defends in his experimentation in Villeurbane : a sort of irresponsibility with no inhibitions. From then on, how does he take on his function as director of a public drama center, when he agrees to lead the Théâtre des Amandiers ?

    Our lecture intends to analyse Patrice Chéreau's discourse about drama institutions and public utilities, from the notion of responsibility, which is at the heart of the definition of public utilities for culture. It aims at bringing to the fore, in relation to societal, cultural and political changes, and in respect of his pluralist artistic path, the evolutions and inflexions of his discourse, not free from contradictions.


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  • Questions de répertoire. Les mises en scène de Patrice Chéreau en Italie (1969-1972)
    par Paola Ranzini

    Si Patrice Chéreau a réalisé trois mises en scène produites par le Piccolo Teatro (Splendore e morte di Joaquin Murietà de Pablo Neruda, 1970 ; Toller de Tankred Dorst, 1971 et Lulu de Frank Wedekind, 1972), beaucoup plus nombreux sont les projets qui ne purent obtenir l’accord du directeur Paolo Grassi pour une production ou une co-production du célèbre théâtre milanais. Plusieurs projets restèrent à l’état de simples propositions, dont la correspondance avec Paolo Grassi garde quelques traces nous permettant de cerner dans son ensemble la portée esthétique et idéologique du projet italien de Chéreau. Une partie importante de notre communication sera consacrée à la mise en scène de La finta serva de Marivaux au Festival de Spoleto (1971) qui fit l’objet de longues tractations avec Paolo Grassi dans l’espoir d’obtenir la co-production du Piccolo Teatro. Ce spectacle eut l’importante fonction historique d’introduire Marivaux sur les scènes italiennes du Novecento. La lecture scénique, très controversée, qu’en fit Chéreau n’est pas sans influencer les metteurs en scène italiens qui allaient monter les textes de ce classique jusqu’alors méconnu. Ainsi, un fil rouge parcourt la production italienne de Patrice Chéreau la reliant, certes, aux modèles de ses maîtres italiens reconnus, mais aussi à certaines créations à venir de ces mêmes maîtres de la regia critica. Que l’on songe au moins à L’Ile des esclaves de Marivaux dans la mise en scène de Giorgio Strehler (1994).

    Questions of repertory. Productions by Patrice Chéreau in Italy (1969-1971)

    While Patrice Chéreau has staged three productions with the famous Milanese Piccolo Teatro (Splendore e morte di Joaquin Murietà by Pablo Neruda, 1970 ; Toller by Tankred Dorst, 1971 and Lulu by Frank Wedekind, 1972), many other projects of production or co-production were refused by the theatre's director Paolo Grassi. Several projects remain at the state of general propositions and traces of his correspondence with Paolo Grassi allow us to fully determine the ideological and aesthetic scope of Chéreau's Italian project.

    We will devote a large part of this paper to the staging of Marivaux's La finta serva at the Spoleto Festival (1971) which was the subject of long discussions with Paolo Grossi in the hope of obtaining a co-production of the piece with the Piccolo Teatro. This representation has the historical importance of introducing Marivaux into the Italian stages of the Novecento.

    The highly controversial staging that Chéreau carried out had a decided influence on Italian directors who subsequently went on to stage versions of this hitherto little known classical text. There is a thread leading through Chéreau's Italian stagings that leads undoubtedly to the Italian masters that he recognises, but also to some stagings yet to come by these same masters of the regia critica. We could notably cite Marivaux's L’Ile des esclaves directed by Giorgio Strehler (1994).


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  • Entre la France et l’Italie : Patrice Chéreau et la création de Richard II (janvier - février 1970)
    par Marie-Françoise Lévy

    Dans cette période d’entre-deux qui succède aux années à Sartrouville, Patrice Chéreau œuvre en Italie mais aussi en France : à Marseille et à Paris. Il crée Richard II de Shakespeare au Théâtre du Gymnase, dirigé par Antoine Bourseiller. Travail qu’il présente à l’Odéon Théâtre de France du 29 janvier au 14 février 1970. Ce qui nous intéresse ici est la rencontre entre le metteur en scène, un texte et un auteur auxquels il se confronte pour la première fois. La lecture que Patrice Chéreau transmet de la pièce, la façon dont il l’interprète et lui donne sens constitueront une partie de notre travail visant à éclairer ses réflexions sur l’exercice du pouvoir et ses ombres portées. À la pièce qui suscite l’attente et la curiosité succèdent critiques parfois sévères et polémiques. Nous nous attacherons à montrer où et comment elles s’expriment et quels sont les termes du débat. L’étude de la réception donnera des indices sur les enjeux culturels et politiques que l’œuvre, dans sa dimension artistique, révèle aux premiers jours de la décennie 1970.

    Between France and Italy: Patrice Chéreau and the creation of Richard II (January-February 1970) 

    During this transition period following the years he spent at Sartrouville, Patrice Chereau worked in Italy but also in France: in Marseille and in Paris. He staged for the first time Shakespeare’s Richard II at the Theatre du Gymnase, then run by Antoine Boursellier. The play was performed on the stage of the Odéon Théâtre de France, from January 29th to February 14th 1970. Our aim is to explore the encounter between a stage director, a text and a playwright he had never worked on before. Patrice Chéreau's reading of Shakeaspeare's play, the way he interpreted it and the meaning he gave to it will constitute part of our work designed to shed light on his vision of the exercise of power and al the shadows it casts. Although the play had been awaited with great expectations and a fair amount of curiosity, it's reception turned out to be severe and polemical. We will endeavour to show where and how such critical comments were expressed and to define the terms of the debate. The study of the reception will provide some clues for a better understanding of the cultural and political issues highlighted by his work, in its artistic dimension, at the dawn of the 1970s.


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  • Initialement prévue, cette communication n'aura pas lieu

     

     

    Joaquin Murieta, Toller, Lulu : une trilogie – politique ? pour le Piccolo Teatro  de Milan (1970-1972)
    par Claudio Longhi

    C’est aux années agitées et incertaines de la période après 1968, lors que même en Italie commence la saison de l’opposition politique exaspérée et de la lutte armée, que le jeune enfant prodige du théâtre français, Patrice Chéreau, après un premier essai rossinien au Festival de Spoleto pendant l’été 1969, arrive au Piccolo Teatro de Milan, dont Strehler n’était plus le Directeur et pendant la deuxième saison sous la seule direction de Paolo Grassi.

    Cette communication présente justement les résultats d’une recherche sur l’importante parenthèse italienne de Chéreau qui tient compte de l’influence exercée par Paolo Grassi sur les choix du jeune metteur en scène. Une expérience dans le signe d’un théâtre politique, qui, pendant ce début dur et tourmentée des années ’70, plus qu’une politisation de l’esthétique paraît proposer – même en contre tendance par rapport aux luttes sociales hors de planche – une esthétisation du politique, en continuité, surtout sur le plan du goût, avec quelques maîtres de la récente tradition italienne de la mise en scène à partir de Visconti jusqu’au même Strehler.

    Le premier symptôme de cette tendance à l’esthétisation se voit dans les décisions prises en choisissant les dramaturgies. En effet le 10 avril 1970 le baptême milanais de Chéreau arrive avec la «ballade révolutionnaire» de caractère romantique Splendore e morte di Joaquín Murieta de Pablo Neruda. A cette mise en scène fait suite le «cabaret» Toller de Tankred Dorst (dans la même saison de la Santa Giovanna dei Macelli de Brecht/Strehler au Teatro Lirico, mise en scène très discutée pour son esthétisme). Le travail italien de Chéreau se conclu d’une façon significative en février 1972 avec Lulu de Frank Wedekind – drame à mi-chemin entre l’avant-garde et le décadence, vieille passion de Grassi, déjà à partir des années de son aventure culturelle auprès de la maison d’édition Rosa e Ballo. Lulu est la dernière production voulue et suivie en premier personne par le fondateur du Piccolo Teatro avant d’émigrer vers le temple de la lyrique milanaise – le théâtre «Alla Scala» – laissant la direction du Piccolo à Strehler, qui venait de retourner à via Rovello.

    Joaquín Murieta-Toller-Lulu: a – politic? – trilogy for the “Piccolo Teatro di Milano” (1970-1972)

    It is in the turbulent and uncertain years after 1968, when also in Italy the season of exasperated political opposition and armed struggle begins, that the enfant prodige of French theatre, Patrice Chéreau, after a first rossinian attempt at the Spoleto Festival, in the summer of 1969, arrives at the Piccolo Teatro of Milan, whose Strehler is no longer the director. It is, in fact, the second season under the sole direction of Paolo Grassi.

    This talk presents the results of a research on the important Italian parenthesis of Chéreau, considering also the influence exerted by Paolo Grassi on choices made by the young French director. It is an experience under the sign of political theatre, but, during the hard and tormented early ’70s, it is not a politicization of aesthetics as much as —even against the trend of the social struggles outside the stage— an aestheticization of politics, in continuity, especially as regards the gusto, with some masters of the recent Italian tradition of staging from Visconti to the same Strehler.

    The first symptom of this tendency to aestheticism is reflected in the dramaturgies chosen. In effect the Milanese baptism of Chéreau the 10th of April 1970 arrives with the romantic «revolutionary ballad» Splendore e morte di Joaquín Murieta by Pablo Neruda. At this stage the «cabaret» Toller by Tankred Dorst follows (in the same season of Santa Giovanna dei Macelli by Brecht/Strehler at Teatro Lirico, so much discussed for its aestheticism). The Italian parenthesis of Chéreau is concluded in a meaningful way in February 1972 with Lulu by Frank Wedekind —a drama divided between the vanguard and decadence. It is a Grassi’s old love, already in the years of his cultural adventure with the publishing house Rosa e Ballo. Lulu is also the last production wanted and followed in first person by the founder of Piccolo Teatro, before his emigration to the temple of the Milanese opera —Teatro alla Scala—, and the consequent bequest of the direction of Piccolo to Strehler, who is in the way to return in via Rovello.


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  • La mémoire du théâtre : voix  et témoignages du passage de Patrice Chéreau au Piccolo Teatro
    par Livia Cavaglieri, Stefano Locatelli, Donatella Orecchia (Ormete)

    La présence de Patrice Chéreau au Piccolo Teatro de Milan coïncide avec l’extraordinaire absence de Giorgio Strehler qui avait fondé et façonné le théâtre et son équipe. Quand le jeune metteur en scène français arrive à Milan, il trouve donc le fantôme de l’un de ses maîtres et une pluralité de tendances dans la mise en scène et dans la dramaturgie, inédite pour le Piccolo Teatro dirigé alors par Paolo Grassi.
    Cette double circonstance (croisement des parcours d’affinités dans l’absence et ouverture d’une maison fortement caractérisée par son identité) nous a semblé favorable pour questionner concrètement la création artistique – et notamment l’influence des contextes de production sur l’évolution de la poétique des artistes et vice versa – ; la transmission, ou bien la suspension, des savoirs à travers les formes de la mise en scène.
    Peut-on questionner la mémoire de ceux qui ont travaillé avec Chéreau et Strehler pour dégager leurs influences réciproques, les échanges (et les tensions) ? Peut-on questionner la mémoire – celle des corps des acteurs et celle concernant les pratiques des collaborateurs –, comme lieux subjectifs de rencontres esthétiques théâtrales ?
    Ormete essayera de répondre à ces questions, en dialoguant avec les acteurs, techniciens et autres collaborateurs qui ont pris part aux spectacles de Chéreau au Piccolo. L’intervention sera enrichie par la diffusion d’extraits d’interviews.

    The memory of the theatre: voices and records of Patrice Chéreau’s passage at Piccolo Teatro

    The presence of Patrice Chéreau at Piccolo Teatro of Milan covers with an extraordinary absence of Giorgio Strehler, who founded and shaped the theatre and his staff. As the young French director arrives in Milan, he founds the spectre of one of his masters. He founds at the same time a plurality of dramaturgical and directing tendencies, unknown for the Piccolo, led at that time by Paolo Grassi.
    This double circumstance (the crossroad of similar paths in absence and the openness of an institution characterized by a strong identity) is highly productive for examining some themes of the artistic creation in an effective case. In particular: the influence of production’s contexts on the evolution of artist’s poetic and vice versa ; the transmission, or the suspension, of actor techniques and technical knowledge through the forms of direction.

    Does it make sense to question the memory of the ones who travelled with the two directors in order to recognize the influences, the exchanges (and the tensions) between the two poetics? Does it make sense to consider the memory of the bodies of the actors and the practises of the collaborators as subjective places of confluence of theatre poetics ?
    Placing the focus on the interview (the long, open and flexible interview) and the oral history methodology, Ormete met the actors (Valentina Cortese, Ferruccio Soleri…), the technicians and other collaborators, who were involved in Chéreau’s directions at Piccolo.
    The speech will be accompanied with some audio extracts from the interviews.


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  • Jeudi 17 novembre 2016 • 14 h 30-16 h 15    Retours d’Italie, sous la présidence • Myriam Tsikounas

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  • Les Trois Mousquetaires antichambre de La Reine Margot
    par Aurore Renaut

    Avant La Reine Margot, Patrice Chéreau a voulu adapter un autre roman d’Alexandre Dumas, Les Trois mousquetaires mais le film ne se fera pas. A travers les archives conservées du projet – début de scénario, notes de travail de la main de Chéreau et de son scénariste, Jean-François Goyet –,  il est toutefois possible d’entrevoir le film que le cinéaste avait en tête et de comprendre combien la réflexion engagée sur Les Trois mousquetaires irriguera la création de La Reine Margot.

    Les Trois mousquetaires, the dry run of La Reine Margot
    Before La Reine Margot, Patrice Chéreau wanted to adapt an other Alexandre Dumas’s novel, Les Trois Mousquetaires but the movie will not be made. Through archives of the project – beginning of the script, notes written by Chéreau himself and is co-writter, Jean-François Goyet -, it is however possible to imagine the movie the director had in mine and to understand how the reflexion for Les Trois Mousquetaires will irrigate the creation of La Reine Margot.


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